21 mars 2017

Esprit de corps

female-rangers-660x330.jpgLors de mon jogging bihebdomadaire qui consiste en une boucle entre le pont Butin et la passerelle de Loëx, je ne croise pas grand monde.

Hier, je vis au loin une équipe de cinq ou six jeunes tous habillés de gris-vert avec sac à dos. En m'approchant je vis le dreadlocks se retourner. Il m'avait entendu arriver ou avait senti une présence derrière lui. Un second qui portait une écharpe palestinienne a vérifié, j'imagine que le premier avait signalé au groupe mon arrivée.

C'est là que le miracle s'est produit. Lorsque je suis arrivé à leur hauteur, ils se sont immédiatement et spontanément rangés en deux lignes de part et d'autre du petit chemin pour me laisser passer. Je n'ai pu que saluer cet esprit de corps par une exclamation : " quelle discipline de groupe !" qui a décroché un sourire du gars à l'écharpe.

Cette attitude me semble assez rare pour la relever ici. Habituellement j'entends des excuses de la part de ceux que je croise. Je ne sais si elles sont sincères ou feintes, mais j'observe que souvent les gens sont dans leur monde et ne réalisent que tardivement une présence.

Ces jeunes m'ont fait immensément plaisir pour plusieurs raisons. D'abord ils ont pris conscience d'une présence. Ils n'avaient pas de haut-parleur dans les oreilles. Ensuite, au lieu d'imaginer divers scénarios d'interaction, ils ont spontanément laissé le passage. Et tout ça sans hiérarchie, sans chaîne de commandement, sans intention particulière. Juste intuitivement.

L'intuition va devenir LA valeur de l'humanité lorsque nous atteindrons une efficacité presque parfaite grâce aux algorithmes et aux machines. Seuls ceux qui sauront l'écouter se feront une place dans le monde de demain où le travail n'existera plus. Et surtout, tous les systèmes autoritaires qui prétendent éduquer à l'efficacité vont s'effondrer lamentablement.

Du coup, je me félicite de n'avoir pas fait l'armée. J'aurai dû fêter mes vingt ans trois fois pour comprendre l'intuition de l'époque, qui m'a valu six mois en taule avec des prisonniers de droit commun pour suivre mes sentiments alors un peu vagues mais profonds.

14:08 Écrit par Pierre JENNI dans Feeling | Lien permanent | Commentaires (100)

09 mars 2017

Arbeit macht nicht mehr frei

-1.jpgTout va vite. Très vite même si nous considérons le tempo antérieur.

Ce qui est inquiétant ce n'est pas tant la mutation profonde que nous traversons avec la quatrième (ou plutôt troisième, selon) révolution industrielle, c'est la déconnexion entre la réalité du terrain et nos décideurs qui semblent largués.

Non, je ne vais pas cette fois vous abreuver de liens révélateurs. Finalement vous êtes assez grands pour utiliser les outils disponibles afin de vous déniaiser.

Il parait qu'on a que ce qu'on mérite. Soit. Je ne vais donc ni m'offusquer, ni espérer voir un jour un élu refléter les préoccupations de notre temps. La politique m'apparait comme une distraction quand elle ne contribue pas directement à la dégénérescence. Il n'y a pas si longtemps, je pensais encore un peu naïvement qu'elle était l'art d'accommoder les restes. Aujourd'hui je réalise qu'elle ne fait que reculer une échéance inéluctable. Je ne connais pas un seul candidat ou formation qui ne promette pas le plein emploi et le retour de la croissance.

Demain il n'y aura plus de travail pour personne. Les taxis furent les premiers à subir le phénomène transitoire d'ubérisation de la société. Ce bref intermède touche bientôt à sa fin. Le disrupteur du disrupteur arrive plein pot.

La blockchain et les applications décentralisées mettront un terme définitif aux intermédiaires. Je ne boude pas mon  plaisir de voir ces voyous qui se profilent sur l'économie de partage pour s'engraisser en exploitant les esclaves des temps modernes, sombrer devant la puissance de la communauté.

Bien sûr, ils vont résister. Un moment. Goldman Sachs est la première banque à avoir créé un département bitcoin pour ne pas se faire déborder. Mais la logique qui sous-tend cette révolution est imperméable à la récupération.

Vivement le jour où les plus pointus auront assez de voix pour se faire entendre et permettre au monde de profiter enfin de l'abondance en bonne intelligence.

28 novembre 2016

La mondialisation pour les nuls

mondialisation.jpgComme tout ce que je raconte depuis quelques années sur ce blog, ce sujet ne fera pas exception. Je ne suis pas un expert. Dans aucun domaine. Mais j'ai un avis. Sur à peu près tout. Qui est forcément subjectif.

Les mouvements tectoniques du monde, qui suscitent pas mal d'émoi dans les consciences et qui se traduit par des guerres géopolitiques, dont les tenants et aboutissants nous échappent, semblent très complexes et nombre de spécialistes s'expriment à longueur d'année sur les divers médias et autres publications pour nous aider à les décrypter.

Mais personne ne semble capable, ou manifeste l'envie, de synthétiser. D'aller à l'essentiel. Pourtant, il me semble que toute cette affaire est finalement assez simple. Elle se divise en deux visions diamétralement opposées entre les chantres du libéralisme économique qui visent rien moins qu'une gouvernance mondiale et le repli identitaire des nationalistes, souvent rattachés aux "populismes" dont les forces inquiètent et qui reflètent les craintes d'une bonne moitié de la population.

Ils ont les deux raison. En fait, tout le monde à toujours raison. Tout n'est que question de point de vue et le mieux que nous puissions faire c'est de tenter de relativiser celui qui nous séduit à priori le plus pour essayer de comprendre l'autre.

Les premiers, les mondialistes donc, ont bien sûr raison de relever l'évidence de la neutralisation des conflits armés entre des nations qui font du commerce en toute bonne volonté, grâce à des accords transnationaux qui passent outre les juridictions locales. Ils font en revanche fausse route lorsqu'ils prétendent que, grâce à leur théorie fumeuse dite de "ruissellement", ils permettent de diminuer la pauvreté dans le monde. C'est pourtant vrai pour la minorité qui vit dans une précarité inconcevable pour nous. En revanche, il est aujourd'hui clair que le fossé se creuse dangereusement entre les nantis et la classe moyenne dont le niveau de vie a radicalement chuté.

Les autres font preuve d'une réaction presque animale, véritablement instinctive, pour freiner cette évolution bien trop rapide pour être valablement intégrée. Ils demandent de la prudence, de la sécurité, de la protection et donnent donc de gros moyens aux Etats pour affirmer leur souveraineté. Ils vont jusqu'à plébisciter des figures fortes qui restent pourtant humaines et dont les dérives ne sont plus à démontrer. L'Histoire nous abreuve d'exemples à ne pas suivre. L'homme sage devrait comprendre qu'il n'est pas fait pour centraliser un tel pouvoir.

Alors on fait quoi ?

Eh bien rien. Car tout ce qu'on fera ne servira qu'à alimenter ces deux fronts et une guerre permanente entre deux tendances qui ont toute leur raison d'être et autant d'individus pour les soutenir. Indéfiniment.

La solution pourrait venir de la technologie dont nous peinons à mesurer l'avancement spectaculaire. Aujourd'hui, lorsque quelqu'un vous parle de "blockchains", rares sont ceux qui ont une vague idée de quoi il s'agit. Et pourtant, cette technologie, qui n'est qu'une conséquence logique de l'évolution de l'internet tel qu'il était conçu à ses début, permet une décentralisation si spectaculaire que tous nos concepts risquent bien d'être obsolètes dans moins de dix ans.

Alors relax Max. Inutile de s'exciter. Nous ne ferions que brasser de l'air en se prenant bien trop au sérieux.