24 juillet 2015

TISA, TTIP, la gauche tient son os

2257925266.jpgMon aventure un peu utopique de candidat indépendant au CE en 2013 reposait sur un constat assez largement partagé de l'effacement des distinctions entre gauches et droites et l'espoir un peu prématuré d'une participation plus large des jeunes, qui ne se retrouvent dans aucun parti, grâce aux outils numériques.

Dans mon site de campagne, je me définissais comme un libertaire à la suisse, donc raisonnable, et suggérait un Etat plus maigre qui se concentre sur ses tâches régaliennes en laissant au privé les autres qui ne nécessitent pas de protections particulières, favorisant une saine concurrence.

Aujourd'hui, je ne sais plus trop. Si je reste convaincu que l'éducation, la responsabilisation personnelle et le développement de la conscience individuelle sont des vertus cardinales dans l'évolution de nos sociétés, j'observe que les dérives du libéralisme prennent des proportions encore jamais atteintes et les écarts se creusent dangereusement accentuant les travers d'une société à deux vitesses qui ne projette rien de bon pour l'humanité.

En poussant la logique de la concurrence et de la compétition jusqu'au bout, non seulement nous nions le caractère limité de notre environnement, la Terre, et de ses ressources, mais nous encourageons tous les travers collatéraux des systèmes hiérarchiques et l'exploitation des plus démunis par les plus idiots.

Tout s'accélère et la machine risque bien de s'emballer. En sport, pour satisfaire la demande insatiable de records, plus aucun athlète ne peux espérer régater sans prendre de substances. Dans les domaines de la distribution, les grands groupes technologiques comme Amazon ont détruit des pans entiers de l'économie pour offrir des biens à prix presque coûtant. Dans celui des services, Uber n'est que le début d'une aventure qui ne fâche aujourd'hui que les taxis. Demain, lorsque les avocats genevois se verront concurrencer par les services juridiques en ligne qui cassent les prix sans suivre les règles auxquelles sont soumis les concurrents traditionnels, nous verrons peut-être enfin les autorités se réveiller. Eh oui, les avocats sont nombreux à siéger dans les délibératifs, tant à droite qu'à gauche.

Alors oui, la gauche, qui a perdu son âme en rejoignant la logique du marché depuis Blair et qui peine à garder son poids gouvernemental, risque bien de tenir là son os et retrouver les faveurs d'un public beaucoup plus large. Mais fera-t-elle son come-back à temps ou devrons-nous passer par le pire avant de réaliser où nous mène la logique libérale qui, paradoxalement, favorise la création de nouveaux monopoles privés sans garde-fou puisque les instances de surveillance valident à tour de bras les fusions.

La question fondamentale revient à chacun. Pourquoi voulons-nous tout, tout de suite et si possible gratuitement ? Comment se fait-il que nous ne soyons pas conscient du prix réel à payer au final ? Et si, comme le prédit Jeremy Rifkin, nous nous dirigeons vers une ère d'abondance, comment justifier une telle répartition des biens et des moyens d'accès à ces biens lorsqu'une grande partie de l'humanité travaille comme des machines, pour le moment moins chères que les robots, pour engraisser une petite minorité insatiable ?

 

Commentaires

C'est marrant, je parlais de TISA il y a 10 jour sur ton autre blog !

Le problème est là !

Écrit par : Corto | 25 juillet 2015

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Une bonne analyse libertarienne du TTIP : http://www.contrepoints.org/2015/04/14/204392-ttip-un-accord-protectionniste-et-corporatiste

Écrit par : Adrien Faure | 27 juillet 2015

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Merci Adrien pour ce lien très explicite. Je crains que le débat échappe au plus grand nombre par sa complexité.
L'exemple de la protection intellectuelle à lui seul traduit la difficulté pour tout un chacun d'accéder à des notions qui nous dépassent.
Les artistes eux-mêmes sont très divisé sur la question. En tant que consommateur, je suis d'accord de payer ma part de droits d'auteurs afin d'encourager la production. Le piratage favorise le nivellement par le bas. Et pourtant, comme le soulignent les libertariens, la suppression des droits est aussi un moyen de promouvoir des créations mais il faut recourir à d'autres formes de financement comme la vente de produits dérivés lors des concerts.
Le point le plus intéressant de l'article réside à mon avis dans le fait que plus de 5000 domaines concernés par l'accord sont régulés au niveau national, voire parfois même communal, comme dans le domaine des taxis en Suisse, et nous peinons à faire le ménage à ce niveau.

Hier, sur la RTS, j'entendais John Dupraz tirer la sonnette d'alarme. Un radical, bon copain de Couchepin, qui dit stop. On se demande qui sera encore là pour défendre ce projet.
Le domaine agricole est le plus sensible du moment. Il est parfaitement évident que la Suisse ne pourra jamais régater avec les méga exploitations de plusieurs centaines, voire milliers d'hectares. La logique libre échangiste poussée à ce niveau est aussi une aberration en terme de respect de l'environnement puisque les marchandises et parfois les animaux traversent la planète entière pour arroser des consommateurs inconséquents.

Mais qui, au niveau politique, saura expliquer les raisons fondamentales qui permettent ce genre de dérives ? Qui osera dire que nous sommes tous responsables par notre besoin/envie de payer le moins cher possible ? Qui osera expliquer le prix réel des biens de consommation ?

Pour devenir leader monopolistique dans le domaine du transport de personnes en milieu urbain, Uber, par son bailleur principal Google, vient de faire le plus important bond de capitalisation de l'histoire en perdant de l'argent.
Le but inavouable est bien d'occuper une position non pas dominante mais monopolistique, en se riant des organes de contrôles.

Écrit par : Pierre Jenni | 27 juillet 2015

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"Qui osera dire que nous sommes tous responsables par notre besoin/envie de payer le moins cher possible ?"
Ce n'est pas comme cela que ça se passe. La concurrence entre grands groupes fait que le seul argument qui reste, c'est le prix. Donc ils vont lutter entre eux sur ce domaine et prétendre que c'est le consommateur qui veut des tomates sans goût, des fruits pas mûrs et dégueulasses, etc, etc. Et vous, vous y croyez...

Écrit par : Géo | 27 juillet 2015

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Le drame Géo c'est que, effectivement, le consommateur veut payer le moins cher possible. Seuls quelques nantis peuvent se payer le luxe de comparer la saveur des tomates.

Écrit par : Pierre Jenni | 27 juillet 2015

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Très bon billet

Écrit par : michel durand | 19 août 2015

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Article inquiétant dans le journal "Le Temps" d'aujourd'hui qui propose rien moins que sacrifier l'agriculture suisse pour s'aligner au TTIP.
Selon l'auteur, il semble que les pays d'Europe n'auront pas leur mot à dire puisque c'est la Commission Européenne qui est compétente dans la signature et qu'elle est favorable au principe moyennant quelques aménagements cosmétiques.
http://www.letemps.ch/economie/2016/05/17/reformer-agriculture-suisse-puisse-participer-ttip?utm_source=mail

Écrit par : Pierre Jenni | 17 mai 2016

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